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DEVENIR MAMAN


Personne ne peut te préparer assez.




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Tu ne seras jamais prête, je te promets.

Tu peux imaginer ce moment un million de fois, rêver de chaque petit instant, l'ajuster selon ton humeur ou le moment pendant lequel il te passe par la tête.

Moi, par exemple, je croyais pleurer de joie. 

Je dois admettre d'être assez cliché. J'imaginais être pleine d'émotion, aller annoncer à un homme qui n'existais pas que notre petite famille allait enfin commencer. 



J'imaginais rigoler et pleurer etcetera etcetera et les petits cœurs et les paillettes comme dans les films


Et ben ce n'est pas comme ça que ça s'est passé


En réalité je savais : l'appel à la famille, l'émotion de mes frères et ma sœur et mes parents, je savais que je n'aurais pas eu tout ça.

Faut dire que je suis mal partie: j'ai eu l'arrogance de proposer un blanc à ma mère - une femme qui a l’élasticité mentale et la tolérance religieuse d'Al-Qaïda - bien évidemment cela n'a pas eu un grand succès. Je peux même dire que ça a été une catastrophe.

J'en ai perdu ma santé mentale, mon travail, mes ambitions, des mois en clinique psychiatrique et très probablement un gros morceau de ma dignité.

Je dois dire qu'avoir un enfant après tout ça n'était pas exactement dans mon top-ten.

Déjà retrouver la confiance en moi-même et avoir un travail stable ça aurait été une belle victoire. Mais pourquoi rêver !


Je venais d'être diagnostiquée bipolaire après 4 ans de violences psychiatriques pendant lequel on m'a utilisée comme cobaye en m'abrutissant avec une quinzaine de médocs et antidépresseurs. Après des années de pensées suicidaires et de passages à l'acte ratés j'avais enfin accepté l'idée de rester en vie il faut donc comprendre que l'image d'en héberger une autre en moi me semblait proche d’un paroxysme aux limites du ridicule.


Je tiens à souligner la négligence de certains médecins puisque personne ne m'avait dit que la pilule combinée au lithium - et apparemment aussi aux antibiotiques mes petites dames - possède la même fonction contraceptive qu'un tic-tac.


Bref, au bout d'une semaine insomniaque à cause des seins douloureux et avec une culotte toujours immaculée alors que j'aurais dû avoir les cascades du Niagara ; je l'ai fait. J'ai pissé sur le célèbre bâtonnet !


Il était 7h du matin et je regardais la ligne violette se dessiner petit à petit, et plus elle noircissait plus des questions défilaient dans ma tête: Comment je lui dis ? A qui je le dis ? Comment je fais avec le travail ? Comment je fais tout court.


Trop.

J'ai donc décidé de faire ce que je sais mieux faire : ignorer le problème.

J'ai tiré la chasse, enveloppé le bâtonnet et sa boîte dans une telle quantité de PQ que j'aurais pu en faire une momie et j'ai tout balancé à la poubelle.


Affaire résolue. Ni vu ni connu.


Bien évidemment j'ai dû affronter la situation plus tard. Obligé. Question pratique.

J'ai mis un peu de temps à accepter ce qui était en train de m'arriver.

Dans la rue j'observais avec un air pervers les femmes enceintes et les nourrissons dans leurs poussettes.

À l'époque je travaillais dans un centre d'accueil de la petite enfance - une sorte de crèche pour des enfants au vécu difficile - Ironie du sort.

Je regardais les enfants avec une nouvelle curiosité, presque scientifique. J'analysais leurs mouvements, la façon dont ils s'agrippaient aux meubles pour se déplacer tout doucement avec incertitude mixte à détermination juste avant de tomber sur leur couche pleine.


Je m’attardais sur le visage rond et magnifique des enfants des couples mixtes, j'imaginais ma fille - puisque j'étais sûre que c'était une fille – je dessinais ses traits dans ma tête.



Et puis ça a commencé. La longue attente. Neuf mois. Putain, c'est long neuf mois.


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Le fait est qu’en tant que femme on vit une pression sociale qui stipule l'obligation d'être heureuse et de montrer qu'on est heureuse quand on est enceinte : pas de tristesse ce n'est pas bien pour les enfants !

La douleur, le stress, les doutes, l'aliénation “Tout ça c'est pour la bonne cause !”.

Montrer ne serait-ce que des minuscules sentiments négatifs ne peut signifier rien d'autre que le fait d'être une femme défectueuse et une mère indigne.

Et ben merde alors. Je n'étais pas bien lotie.

Qu'est-ce que c’est neuf mois dans une vie ! J'ai souvent entendu ces mots et plus souvent encore de la part d’hommes et de femmes sans enfants.

Des mots qui m'ont poursuivie tout au long de ma grossesse.


Neuf mois c'est long. Très, très long.

C'est au moins 60 jours d'angoisse, la peur d'une fausse-couche.

Au moins deux saisons peut être trois

Une centaine de douches

Un numéro ridicule de piqûre et prises de sang et voyages à l'hôpital

Au moins 3 échographies

Beaucoup d’hormones !

C'est des heures d'appels téléphoniques

Des jours de douleur inexplicable dans des endroits du corps inconnus jusqu' à ce moment

C'est se demander sans arrêt si tu vas y arriver

C'est plein de faux sourires


Parce qu'il faut le dire : Non, ça n'a pas été le meilleur moment de ma vie.

Je me suis sentie seule. Une solitude sourde et glaciale, une sensation fluide et constante des fois aussi puissante que j'ai eu l'impression de m’y noyer dedans.

Pendant ces mois ou mon corps s’est transformé en enveloppe et j'ai perdu toute autorité, la solitude a été ma meilleure compagne.

Elle s'est installée face à la réaction scandalisée de ma famille pour cet enfant conçu dans le péché.

Elle a élu résidence fixe quand j'ai commencé à montrer un sourire mécanique à chaque fois que quelqu'un m'a dit “Que la grossesse te va bien !” où “ça c'est des moments précieux tu verras plus tard !” et d'autres considérations fascinantes.

Vous devez faire abstraction entre mon aversion pour la grossesse et l'amour pour ma petite fille.

Ce n’était pas un manque d'envie de devenir mère. 

Au contraire


Aînée d'une fratrie de quatre j'ai grandi parmi les enfants et j'ai toujours voulu en avoir. 

Cependant cela me paraissait une concrétisation de ma vie future. Plus tard. 

Quand je serai grande, quoi.

(Je suis devenue mère à 29 ans,” je ne sais pas si on peut considérer cela comme “grande”).

La bague au doigt, une carrière lancée, la succession logique des choses.

Je n'en demandais pas plus, hein.

Je sais.

Ma vie a été une série de situations absurdes il faut donc me pardonner mes rêvasseries décevantes et niaises.

Je l'ai aimée immédiatement.


Mon corps a été le premier à l'aimer : les semaines précédentes le célèbre épisode pipi-sur-le -bâton, j'ai été d'une santé et hygiène de vie surprenante. Pas d'alcool ou des cigarettes occasionnelles, beaucoup de repos, comme si d'une certaine façon je savais déjà.

Je l’ai aimé avec férocité, de façon viscérale et étourdissante.

Je lui ai parlé dès le début, je me caressais le ventre en lui racontant mes journées, mes angoisses, mes doutes, mes envies.

Mes promesses.

Être toujours là pour elle. Ne jamais là juger jamais . Être la maman que j'aurais aimé avoir

Je le pensais avant, j’en suis persuadée maintenant : être mère c'est naturel, être maman Ça se mérite.


La première fois que j'ai vu son petit corps bouger sur l'écran de l'échographiste tout s'est arrêté.

Le temps. Les pensées. Ma respiration.

Elle était donc bien là.


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Ma vie m'a appris à ne jamais m'attendre à des choses positives.

Je n'avais donc aucune idée du bonheur presque troublant que j'allais ressentir en la voyant.

Cela m'a effrayé.

J'ai un peu honte à l'admettre mais jusqu' à la fin une partie de moi continuait à se répéter que ma fille aller jamais arriver. Des fois j'en étais profondément convaincue, j'allais sans doute foirer, mon corps ne pouvait pas y arriver, il allait me trahir comme il l'avait toujours fait jusqu’à maintenant.

Rassurez-vous elle est là

Elle remplit toute mon existence.


Ma mission est de l’accompagner dans la sienne.




 
 
 

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