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TU NE POUVAIS PAS T'APPELER ANNA?


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Je veux parler de mon prénom.


Mon prénom vient de la culture de mes parents. Ça a une signification ethnique et religieuse.


Mon prénom porte en lui l'histoire de ma famille, il me lie à mes origines et à une répétition ancestrale, à la vie de femmes que je n'ai pas connues mais qui ont forgé mon arbre généalogique, à l'illustre homonyme qui nous éclaire toutes avec son chemin de lutte et de spiritualité.


Mon prénom n'a aucune connotation de genre en termes occidentaux.


Mon prénom ne ressemble à aucun d'autre autour de moi en Italie. En italien, il est lié à un verbe qui ouvre des portes, ouvre les gens, ouvre les bras.

Demande à entrer.


Il m'a fallu toute une vie pour l'aimer. Devant son son, devant mon visage, les gens riaient, faisaient des visages agacés par quelque chose de si étrange, si différent, si hors du commun.


Tu ne pouvais pas t'appeler Anna?” 


C'est la question qui m'a été posée plus d'une fois.

Tu ne pouvait pas avoir un nom prononçable, moins difficile, moins exotique? Plus européen, plus blanc?

Plus à nous.


Tu ne pouvais pas t'appeler Fatou?

C'est un prénom que nous connaissons, que nous avons adopté.

Vous vous appelez toutes ainsi, nous vous reconnaissons dans ce son, cela vous convient, nous l'acceptons.


Pendant des années, j'ai nié mon nom.

En dehors d'un cercle très serré et au travail, j'étais connue de tous par un surnom, composé, de deux syllabes, un son si général que n'importe qui pouvait se reconnaître.

Bibi.

En français, mon surnom signifie littéralement «n'importe qui».

Pendant des années, j'ai été n'importe qui.

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Mon prénom est devenu une entité étrangère, étrangère dans la bouche des autres, l'ombre d'une vie différente dans laquelle j'étais petite et je ne pouvais rien faire contre les commentaires des autres.

Quand je rencontrais quelqu'un pour la première fois, je donnais mon deuxième prénom, Diara ou mon surnom.


C'étaient des sons doux et faciles.

Je disais tout de suite, les yeux levés au ciel "mon vrai prénom est très difficile à prononcer".


Il y a des gens que j'aime, qui me connaissent depuis des années et qui ne connaissent pas mon vrai nom.

J'ai créé une personne, une histoire, une vie avec ce surnom.

Les paroles de ma jeunesse sont restées si ancrées en moi que j'ai fini par le nier.

Ce prénom est difficile et difficile est la vie de la personne qui le porte.

On se moque de ce prénom, c'est des visages étranges, des sons méprisants, des moments de petite fille grondée par les parents.

Je me suis annulée. 

Et je sais que je ne suis pas seule.


Cette phrase, ce regard, ces commentaires, gardez-les pour vous. Ne demandez pas à une petite fille ou à un garçon de justifier son identité.


Ne mettez personne en position de se sentir mal à l'aise face à ce qui nous est plus intime.

Votre nom est également étranger et étrange ailleurs.

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Mon prénom est mon identité.

Bousso. Mame Diara Bousso. 

Dis-le, lis-le, fais l'effort, apprends-le.


Reconnais-moi.


Respecte moi.


 
 
 

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